Sankara n'est pas mort

Lucie VIVER

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Sankara n'est pas mort

Un film de Lucie VIVER

2019 | Documentaire | 109 min | Météore Films

Producteur
Météore Films
01 42 54 96 20

Distributeur
Météore Films
01 42 54 96 20

Site du film

Synopsis

Au Burkina Faso, après l’insurrection populaire d’octobre 2014, Bikontine, un jeune poète, décide de partir à la rencontre de ses concitoyens le long de l’unique voie ferrée du pays. Du Sud au Nord, de villes en villages, d’espoirs en désillusions, il met à l’épreuve son rôle de poète face aux réalités d’une société en pleine transformation et révèle en chemin l’héritage politique toujours vivace d’un ancien président : Thomas Sankara.

NOTE D’INTENTION DE LA REALISATRICE

« Je suis allée au Burkina Faso pour la première fois en 2012, à l’invitation d’une amie institutrice. Ce voyage m’a profondément marquée, au niveau personnel, humain mais aussi politique. À ce moment-là, la colère grondait contre le président Blaise Compaoré, qui était au pouvoir depuis 25 ans. Et j’entendais partout parler de Thomas Sankara, une référence incontournable bien que censurée par le pouvoir. C’est aussi lors de ce séjour que j’ai rencontré Bikontine, un jeune poète. Je suis alors rentrée en France sans projet de film. Mais deux ans plus tard, en octobre 2014, l’insurrection a éclaté. Les Burkinabè sont descendus très nombreux dans la rue et ont chassé Blaise Compaoré. Cette révolution pacifique a vraiment été un déclic pour moi. Comme tous les Burkinabè, comme Bikontine, j’étais à la fois folle d’enthousiasme et aussi un peu inquiète pour la suite. J’ai donc eu envie de parler de l’« après », de l’avenir de ce pays au destin politique singulier. » 

« À partir du moment où ce désir de film a germé avec l’insurrection de 2014, il était fondamental pour moi de partir de l’expérience de Bikontine, ce jeune artiste burkinabè. Lorsque je le rencontre en 2012, Bikontine est un trentenaire enthousiaste, à l’esprit bouillonnant, plutôt anticonformiste, qui se présente comme conteur et autodidacte. Nous sympathisons assez naturellement autour de discussions interminables sur toutes sortes de sujets. Et puis un jour, il me dévoile ses carnets de poésie, qu’il ne fait lire à personne à part quelques amis très proches. Je trouve ses poèmes tout de suite très beaux, très originaux, d’une grande sincérité. Mais j’apprends aussi que Bikontine est tenté par l’émigration, a priori vers l’Europe. « Si Blaise Compaoré est réélu, je quitte le pays », me confie-t-il. Je suis surprise : comment cet homme aussi attaché à son pays et à sa culture peut-il projeter de « partir à l’Aventure » comme on dit en Afrique de l’Ouest ? Je suis surprise et pourtant je sais bien que cette contradiction mine une grande partie de la jeunesse burkinabè et africaine. Avec l’insurrection et le départ de Blaise Compaoré, je comprends donc qu’une immense vague d’espoir vient soudainement changer la donne. C’est là que j’ai décidé de faire le film, afin de saisir cette période de basculement pour le Burkina. Mais ce qui me paraissait vraiment intéressant, c’était de le faire à travers les yeux de Bikontine, à partir de ses propres questionnements : que va devenir mon pays ? dois-je partir ou rester ? et si je reste, quel est mon rôle en tant que poète ? Ce voyage-portrait du Burkina se développe donc à partir des doutes personnels et de la sensibilité de ce jeune poète qui cherche sa place dans la société et qui va s’affirmer en tant qu’artiste au fur et à mesure du film. Bikontine, ses poèmes et ce projet de film sont tout à fait indissociables. »

LEGS POLITIQUE DE THOMAS SANKARA

Thomas Sankara mène un combat anti-impérialiste : « le Burkina devait être économiquement indépendant et prendre son destin en main, ne pas compter sur le FMI ou les grandes puissances. C’est ce que les Burkinabè ont principalement retenu de lui. Il y avait aussi son engagement très fort pour plus de justice sociale, avec la scolarisation des enfants et l’accès pour tous aux soins et au logement par exemple. Sankara était également précurseur en matière d’écologie et de féminisme. C’est aussi son comportement exemplaire en tant que chef de l’État qui a beaucoup frappé les esprits. Par exemple, il a lutté avec fermeté contre la corruption et réduit drastiquement les frais de fonctionnement de l’État. Lui-même ne roulait qu’en Renault 5 ou en vélo ! Tout était cohérent entre ses discours, ses actes et sa personnalité : il a fait preuve d’une réelle intégrité. D’ailleurs, dernier exemple pour bien comprendre le projet politique de Thomas Sankara : c’est lui qui a proposé de renommer le pays. La Haute-Volta est devenue le Burkina Faso, en associant deux mots issus des deux principales langues locales et qui signifient littéralement « pays des hommes intègres ». Les Burkinabè sont évidemment très fiers de ça et, en quelque sorte, ils essayent d’être à la hauteur de cette appellation. » explique Lucie Viver.

LE TOURNAGE

La réalisatrice a assuré seule l’image et le son du film, ce qu’elle n’avais jamais fait auparavant : « J’ai donc dû tout apprendre « sur le tas » en quelque sorte. Le fait de filmer, de cadrer, a été une révélation pour moi. L’action de filmer me mettait dans une attention totale à ce qui se passait, autant physique que mentale. Et j’espère que le film restitue cette expérience sensorielle très intense. L’équipe de tournage, c’était donc Bikontine et moi seulement. La modestie de cette « équipée » a facilité notre immersion dans les villages et nos prises de contacts avec les Burkinabè. Je me rappelle que nous formions un drôle de duo. Imaginez-vous un type avec des carnets de poésie, et une Blanche avec une caméra… Quand nous débarquions quelque part, nous suscitions beaucoup de curiosité et aussi beaucoup de sympathie pour le grand périple que nous étions en train de faire. Et puis, il a aussi fallu adapter notre planning à celui du train qui ne circule qu’une fois tous les deux ou trois jours ! « 

Un film écrit et réalisé par Lucie Viver
Avec Bikontin
Image et Son : Lucie Viver
Montage : Nicolas Milteau
Montage son et Mixage : Dominique Vieillard
Musique : Rodolphe Burger
Étalonnage : Kévin Stragliati
Production : Les films du bilboquet, Eugénie Michel-Villette
Distribution : Météore films

Réalisateur
Lucie VIVER

Après des études d’histoire et de philosophie, Lucie Viver travaille comme assistante de réalisation. Elle a notamment collaboré aux films d’Otar Iosseliani, de Mati Diop et de Rabah Ameur-Zaïmèche. En 2013, elle est sélectionnée pour suivre l’Atelier Scénario de La Fémis. Depuis, elle développe plusieurs projets de documentaires et fictions. Sankara n'est pas mort est son premier film.


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