NADIR DENDOUNE

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Biographie

JOURNALISTE / ÉCRIVAIN / CINÉASTE

Avec la place à 5 francs, le cinéma Jean Vilar de l’Ile-Saint-Denis était un cinéma pour tous. Des amis s’occupaient de l’entrée alors parfois, on ne payait pas. C’était un cinéma pour les intellos. Un cinéma d’art et d’essai où le blockbuster était une denrée rare. Gamin, forcément, ça me faisait chier le ciné. Cette sortie hebdomadaire, le cinoche du samedi soir, c’était surtout une bonne occasion de sortir de la cité et de pouvoir faire des rencontres. J’ai connu quelques filles à Jean Vilar. J’ai même eu droit à ma première histoire d’amour.

Peu de films m’ont marqué à l’époque, jusqu’à ce que Point Break avec Keanu Reeves et Patrick Swaze fasse son apparition. Cette histoire de surfeurs qui se mettent à braquer des banques pour vivre la belle vie m’a tout de suite plu. On est en 1991. Je n’ai pas tout à fait 20 ans. Comme à mon habitude, j’étais venu «  accompagné  », enfin avec ma bande de copains du quartier. On avait prévu une nouvelle fois de regarder un bout du film, avant d’aller squatter dehors pour discuter. Je vivais une période difficile, enfermé dans mes problèmes de délinquance juvénile. Confronté au racisme, à la relégation spatiale et sociale, je n’en pouvais plus de vivre en France. Deux ans plus tard, je partais en Australie. la Mecque du surf. Huit années aux antipodes à profiter des vagues, sans jamais tenter de braquer une banque… bien sûr.

Mes parents sont analphabètes. Ni mon père, ni ma mère ne m’ont emmené au cinéma. Petit, les films, on les matait à la télé. Chaque dimanche, sur TF1, il y avait le film de la semaine. On s’asseyait avec mes frangines et mes parents pour vivre ce bon moment tous ensemble. Mon frère, veinard, avait sa propre télé dans sa chambre  : il pouvait regarder tout ce qu’il voulait lui. Mais nous, souvent, on ne pouvait pas terminer le film à cause de «  scènes osées  ». Ça nous mettait dans une «  archouma  » abyssale. Alors, pour ne pas revivre l’embarras, j’allais chourer le TéléPoche à la librairie du coin. Même avec la description des films qu’on allait voir, je me faisais avoir. Au final, très vite, j’ai compris que les seuls films qui allaient pouvoir passer le «  comité de censure  » du daron allaient être les westerns, les films d’action chinois, ou les comiques. Avec du recul, grâce à cette censure, j’ai appris à aimer Henri Fonda, Clint Eastwood, Charles Bronson, Jackie Chan et Bruce Lee. Quand à Bourvil, Louis de Funès et Pierre Richard nous les adorions  ! Leurs maladresses, leurs mimiques étranges, leurs attitudes décalées et risibles, peut être, me renvoyaient à un certain regard que l’on portait sur nous autres les immigrés et leur mioches. On se mettait à leur place et on riait de bon cœur.

La Grande Vadrouille est un super film, bien réalisé, une superbe aventure, un film drôle, mais pas seulement. C’est le film préféré de mon papa décédé en janvier 2019. Par ricochet, et sans aucune objectivité, il est devenu le mien aussi. Le coeur a parlé. Je l’ai revu il y a quelques mois. Et j’ai pensé à ces soirées d’hiver. Ma mère se dépêchait de finir la vaisselle, mes sœurs de ranger leur cartable pour le lendemain, mon père de foutre sa gamelle dans le frigo, et chacun était à sa place. Il était 20h30. Le film pouvait commencer. On connaissait le film par coeur pourtant, on rigolait aux mêmes vannes. Un film, ce n’est pas que l’histoire ou le jeu des comédiens, c’est aussi tout ce qu’il nous rappelle….

Pour moi, il y a Ken Loach et les autres. Non seulement, ses films sont sublimes, Sweet sixteen, Le vent se lève, La part des anges, It’s a free world, le fond et la forme toujours au top  ! Mais surtout dans chacun de ces films, on sent une grande empathie pour ses personnages. Il met en scène des gens qu’on ne voit pas. Les invisibles de la société. Ceux que l’élite méprise. Dans Sorry, we missed you, son dernier long métrage,  il dénonce l’uberisation de la société qui a pour effet de plonger, encore plus, des familles entières dans la précarité.

Mais Ken Loach est d’abord un grand homme. Il y a quelques années, en 2016, à peine auréolé d’une Palme d’Or à Cannes pour son fabuleux film I, Daniel Blake, il était venu inaugurer le festival Ciné Palestine à l’Institut du Monde Arabe à Paris. Je me tenais devant lui et je l’écoutais. «  Pour rien au monde, même pas pour une Palme d’Or, je n’aurais raté l’ouverture de ce festival. Vive la Palestine  !  », avait-il dit sobrement au milieu d’une foule qui l’acclamait. Malgré le succès, il est resté lui-même, fidèle à ce qu’il est, quelqu’un de modeste et d’abordable. Que tous les autres cinéastes en prennent de la graine…

Aujourd’hui, je suis «  cinéaste  ». Enfin, j’ai encore du boulot pour incarner ce statut. Le cinéma, ce n’est pas juste de la fiction. Gamin, grâce à la «  propagande  » de John Wayne, j’ai longtemps cru que les Indiens étaient les méchants. J’en suis revenu. J’écris des livres comme je fais des films, par nécessité. Par colère. Je me sers de ma plume ou de ma caméra pour apporter une autre vision du monde. Un jour, j’ai craqué, j’en ai eu marre de tous ces films qui parlent de nos quartiers populaires toujours de la même manière. Des films réalisés trop souvent par «  des gens d’ailleurs  », souvent par des petits bourgeois parisiens. Venez vivre en banlieue plutôt que de la raconter de loin  ! Plutôt que de la fantasmer  ! Alors, pour ne pas juste me plaindre, j’ai décidé de ne plus laisser les autres parler à notre place, à ma place. J’ai décidé d’agir.

J’ai réalisé 3 documentaires. Deux sur la Palestine  : L’affaire Salah Hamouri et Palestine. Et un documentaire-hommage à ma maman, Messaouda Dendoune et à toutes les autres. Des figues en avril raconte le parcours «  ordinaire  » mais extraordinaire d’une algérienne de 84 ans, illettrée. Une maman courage qui a pris soin de son mari et de ses neuf enfants tout au long de sa vie. Ce film a connu un beau succès en salles malgré le mépris de quelques salles parisiennes. J’ai également co-scénarisé une fiction à succès qui raconte mon ascension improbable mais victorieuse sur l’Everest, L’ascension. Un film pour rendre toute la fierté au 93, à la Seine-Saint-Denis, un département si injustement décrié que j’aime profondément.

Aujourd’hui, je travaille sur ma première fiction en tant que réalisateur et j’espère qu’il rendra hommage aux quartiers populaires et à nos parents, comme ils le méritent.

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